Perspectivia
Lettre1881_12
Date1881-11
Lieu de créationHildesheim Keswick Rd Putney, London
AuteurScholderer, Otto
DestinataireFantin-Latour, Henri
Personnes mentionnéesEdwards, Ruth
Scholderer, Luise Philippine Conradine
Scholderer, Viktor
Dubourg, Victoria
Riesener, Léon
Keene, Charles Samuel
Sickert
Scholderer, Emilie
Lieux mentionnésLondres, Royal Academy of Arts
Londres, Dudley Gallery
Kronberg im Taunus
Œuvres mentionnéesS Fine Yarmouth  !
S Fresh Herings  ! / Frische Heringe  ! ( Harengs frais  ! )
S And beauty born of murmuring sound shall pass into her face / Und Schönheit geboren aus murmelndem Klang möge übergehn in ihr Gesicht (cité d’après le poème Lucy de William Wordsworth)
F Baigneuses (1re grande planche)
F Baigneuses (2e grande planche)
S Ein Eselreiter in den Dünen (garçon sur un âne dans les dunes)
S Rebhühner (perdrix)
S Zwei tote Haselhühner (deux tétras morts)
S Fischputzende Magd (jeune femme nettoyant du poisson)
S Hof eines Bauernhauses in Kronberg (cours d'une maison paysanne à Kronberg)
S Jessica
S Homeward - Heimwärts - Heimkehr von der Ernte (retour des vendanges)
S The Village Patriarch (le patriarche du village)
F Pêches dans une assiette

[Mi-novembre 1881]

Hildesheim, Keswick Road, Putney. S.W.

Mon cher Fantin,

Cette fois, j’étais sur le point à vous écrire quand votre lettre arriva pour laquelle je vous remercie bien. Je suis bien content d’apprendre que vous flânez, en ce moment, car vous devez avoir travaillé énormément, ce que montrent vos fleurs que j’ai vues chez M. Edwards. Vous me demandez comment je les trouve, et je vous assure que je ne peux pas même m’imaginer qu’on puisse faire mieux, ce sont des merveilles et je ne les ai pas même vues encore dans le jour, seulement avec la lampe misérable de Mme Edwards. Mais cette fois je suis sûr que vous ne ferez pas mieux, car c’est impossible. L’arrangement des grandes toiles me semble aussi si joli, les différentes fleurs dans les bouquets vont si bien ensemble.

Je vous remercie bien pour votre nouvelle lithographie pour ma collection,Fantin-Latour, Baigneuses (1re grande planche), H.37 et Baigneuses (2e grande planche), H.38. elles m’ont fait grand plaisir et je les aime beaucoup. Si vous avez le temps dans votre prochaine lettre, dites-moi si ce n’est pas un nouveau procédé dont vous vous êtes servi, c’est comme dessiné sur le papier et frotté avec le doigt, les ciels me paraissent nouveaux.

Nous avons appris avec le plus grand plaisir le succès que Madame a eu avec les Christmascards, cela a dû lui faire grand plaisir et le succès va continuer, vous devez être bien fier de votre élève !

Nous n’allons pas trop bien, excepté Victor qui se porte à merveille, il est devenu gros et gras et c’est vrai qu’il se tient debout et marche un peu, mais puisqu’il est très paresseux, il préfère à grimper, cela va plus vite, il ne parle pas encore, mais ses signes sont assez intelligents, peut-être aussi que les deux différentes langues ne lui vont pas. Il devient charmant, je voudrais que vous puissiez le voir, son corps est aussi bien joli, la chevelure est toujours de la même couleur dorée et il a beaucoup de cheveux, on doit lui les couper maintenant. Il se promène en voiture encore tous les jours, car il fait chaud ici, trop chaud, je trouve. Je lui ai donné le tableau de l’âne dans les dunesScholderer, Eselreiter in den Dünen, B.163. dans sa chambre, ce qui lui fait bien plaisir, il connaît tous les tableaux de la salle à manger et quand ma femme lui dit : où sont les roses de Fantin, il se tourne et les regarde et de même tous les autres tableaux. Le mannequin dans l’atelier lui est la chose la plus terrible, il en a bien peur. Il est bien souvent dégoûté d’une chose, il jette la tête d’un côté à l’autre, justement comme s’il avait pris de la médecine. Ma femme a eu beaucoup de peine à le séparer de la nourrice et elle avait bien de nuit qu’elle ne dormait pas, l’enfant l’éveillant dix fois, vous pouvez croire qu’elle ne peut être bien forte.

Moi aussi, je me sens un peu faible. J’ai fait trois natures mortes depuis que je suis ici, des perdrix,Scholderer, Rebhühner, B.198. des grousesScholderer, Zwei tote Haselhühner, B.199. et des faisans, les derniers m’ont donné beaucoup de peine, car j’ai voulu les achever beaucoup et je me mettais de très près, c’est une bonne leçon, je me croyais dans la maison de correction tous les temps et à la fin, le tableau ne me fait pas trop de plaisir, je ne crois pas que je ferai beaucoup de natures mortes, je les préfère sur un tableau avec des figures humaines et puis des objets morts tout à fait, je suis beaucoup pour aller à Nice et y peindre [à] la brosse à dents. J’ai repris mon marchand de poissons qui aussi me donne beaucoup de mal, je viens de lui peindre des harengs saurs dans son panier, c’est joli à peindre.Scholderer, « Fresch Herings ! » / « Frische Heringe ! », B.216 ou « Fine Yarmouth ! », B.217. Bagdahn distingue deux œuvres sur le même thème, tandis que dans sa correspondance avec Fantin, Scholderer semble faire toujours référence à une même œuvre. Je crois que j’ai plus réussi avec la tête de l’homme, mais toujours en y travaillant beaucoup, le tableau est difficile à cause du mouvement de l’homme. J’ai envoyé l’étude que j’ai fait à St. Ives à la Dudley Gallery après que j’y avais introduit une figure, une femme qui nettoie des poissons.Scholderer, Fischputzende Magd, B.206. Je crois que vous aimerez assez cette étude, car c’est dans le genre de la cour de Cronberg,Scholderer, Hof eines Bauernhauses in Kronberg, B.21. vous la verrez, car je ne la vendrai jamais, aussi j’ai demandé un grand prix, elle m’est utile pour les fonds de mes figures, déjà pour le marchand de poissons je me suis servi des pierres et différentes couleurs de mes études de l’été. Je ferai des sujets très simples pour la Royal academy, je crois seulement une demi figure, avec des natures mortes, des têtes probablement.Scholderer présente trois tableaux à la Royal Academy en 1882 : Jessica, B.211, « And beauty born of murmuring sound shall pass into her face » / « Und Schönheit geboren aus murmelndem Klang möge übergehn in ihr Gesicht », B.213 et Fine Yarmouth !, B.217.

Je suis bien content que j’ai vendu mes deux tableaux à Manchester,Scholderer, Homeward – Heimwärts – Heimkehr von der Ernte, B.202, The Village Patriarch, B.193. l’un était le vieillard au chapeau rond que vous avez vu dans la salle à manger. Je suis en train d’encadrer une partie de vos lithographies, j’ai accroché quelques de mes dessins de Riesener, aussi une eau-forte d’Edwards. Mes tableaux de Francfort sont en voyage, nos chambres seront bientôt remplies de toutes espèces de choses. Vos pêchesFantin-Latour, Pêches dans une assiette, F.994. sont dans la salle à manger, dessous le vieux tableau, le paysage vis-à-vis de la porte, elles y sont extrêmement bien et nous en sommes enchantés. J’accrocherai aussi les dessins de Keen. On est en train de construire une allée couverte de notre chambre qui donne dans le jardin pour la joindre à l’atelier, j’ai trouvé qu’en hiver c’est nécessaire, le gazon et la route sont bien humides.

Je ne crois pas que je voyagerai cette année, ma mère en ce moment se porte bien, elle nous a écrit une longue lettre dernièrement, elle paraît avoir regagné sa force. Je voudrais bien aller vous voir à Paris, mais cela coûte du temps et aussi de l’argent, nous en avons tant dépensé cette année et mes autres dix tableaux que j’envoyai aux expositions rien est vendu ; c’est vrai les affaires ne sont pas trop bien et c’est une chance quand on vend.

Adieu, bien des choses de notre part à vous et Madame, nous espérons que vous allez bien tous les deux.

Votre ami

Otto Scholderer

<Sickert voulait vous demander si deux demoiselles irlandaises, ses amies, pouvaient oser vous voir, elles sont à Paris, l’une fait de la peinture. Sickert dit qu’elles ne sont pas belles mais charmantes et aimables, il va vous écrire pour vous demander si vous vouliez les recevoir. Vendredi nous irons chez Sickert, je leur donnerai vos compliments.>